Deux pensées
L'humanité est une petite fille peureuse.
*
Qui n'est pas curieux est végétatif.
Calomnie damnée
Attaquer par des calomnies est d'une bassesse
Absolue. Mais où est passé la politesse ?
Que dis-je ! Et le brio ! Et l'honneur ! Vérité ?
Ah cette bonne vérité que l'on aime oublier
Car elle simplifie tellement nos courtes idées.
Toutefois, dans un combat sans égal, adorée,
La grande Vérité est le meilleur glaive dans
La chair d'un perfide, et ce de quel temps
Qu'il eût été. Ô calomnie, retourne dans ton
Cercueil. Laisse ton orgueil et d'un demi-ton,
La vérité, avec timidité, mais dévastatrice,
Tueuse, car véridique, reviendra ; et sans caprice,
Elle annihilera ceux qui l'auront oublié !
Révèle-toi
Va, va, triste humain qui ne sait pas encore
Regarder le jour ou la nuit par tes beaux yeux,
Oh oui tes beaux yeux que tu ignores encore,
Et enfin voit le monde tel qu'il est pour eux.
Regarde au travers de ce cosmos sans fin
Et dis-moi à l'oreille les charmes du firmament ;
Si tu découvres ta vérité, alors enfin
Tu seras un homme aux beaux changements.
Morale du jour
Un moine tibetain marche sur une route glacée de montagne et entend un
faible pepiement. Il regarde autour de lui et voit aux pieds d'une haie, un
tout petit moineau à moitie mort de froid.Il le prend et le rechauffe dans
ses mains.
Que faire, s'interroge-t-il ?
-Si je le garde avec moi, il va salir ma robe et au couvent le chat le
mangera. Si je le laisse ici, il va mourir de froid.
Soudain une idée lui vient. Pour le protéger du gel, il place l'oisillon
dans une bouse fumante de vache sacrée, et poursuit son chemin, l'ame en
paix. L'oisillon se rechauffe et commence à chanter à plein gosier sa joie
d'être encore vivant.Un renard qui passe par la, entend la bouse de vache
chanter. Intrigue il s'approche, découvre notre moineau et le croque. Trois
moralités à cette histoire.
1) Celui qui te met dans la merde ne te veut pas forcement du mal.
2) Celui qui t'en sort ne te veut pas forcement du bien.
3) Quand tu es dans la merde .... ferme ta gueule !
Un peu de Baudelaire
- " Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer ?
Maudit soit à jamais le rêveur inutile
Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté !
Celui qui veut unir dans un accord mystique
L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
Ne chauffera jamais son corps paralytique
A ce rouge soleil que l'on nomme l'amour !
Baudelaire, extrait de Femmes Damnées
Lettre à la jeunesse, Emilie Zola
Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l’exprimer publiquement, c’est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n’es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c’est que de se réveiller chaque matin avec la botte d’un maître sur la poitrine, tu ne t’es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d’acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l’intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout.
Jeunesse, jeunesse ! Sois toujours avec la justice. Si l’idée de justice s’obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos Codes, qui n’est que la garantie des liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des hommes est faillible et qui admet l’innocence possible d’un condamné, sans croire insulter les juges. N’est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n’est toi qui n’es pas dans nos luttes d’intérêts et de personnes, qui n’es encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche, qui peut parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ?
Jeunesse, jeunesse ! Sois humaine, sois généreuse. Si même nous nous trompons, sois avec nous, lorsque nous disons qu’un innocent subit une peine incroyable et que notre coeur révolté s’en brise d’angoisse. Que l’on admette un seul instant l’erreur possible, en face d’un châtiment à ce point démesuré, et la poitrine se serre, les larmes coulent des yeux. Certes, les gardes-chiourmes restent insensibles, mais toi, toi qui pleures encore, qui dois être acquise à toutes les misères, à toutes les pitiés ! Comment ne fais-tu pas ce rêve chevaleresque, s’il est quelque part un martyr succombant sous la haine, de défendre sa cause et de le délivrer ? Qui donc, si ce n’est toi, tentera la sublime aventure, se lancera dans une cause dangereuse et superbe, tiendra tête à un peuple, au nom de l’idéale justice ? Et n’es-tu pas honteuse, enfin, que ce soient des aînés, des vieux qui se passionnent, qui fassent aujourd’hui ta besogne de généreuse folie ?
Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui battez les rues, manifestant, jetant au milieu de nos discordes la bravoure et l’espoir de nos vingt ans ?
« Nous allons à l’humanité, à la vérité, à la justice ! ».
Émile Zola (1840-1902), Lettre à la jeunesse, 14 décembre 1897,
Traduction chinois/français
Voici une petite photo d'une traduction d'un texte en chinois à la foire de Dijon, où la Chine est le pays à l'honneur. Régalez-vous :-)(cliquez sur la photo pour l'agrandir)